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Une question de force

Le chef opérateur Justin Derry utilise une pellicule 35 mm et des optiques Ultra Speed pour le court métrage Bruiser.

Réalisé et coécrit par Miles Warren, le court-métrage Bruiser offre un portrait du jeune Darious (Noble B. Whitted), qui commence à tester les limites de sa propre force physique après avoir vu son père (J.D. Williams) se battre. En coulisses, Warren a fait équipe avec le chef opérateur Justin Derry, également producteur exécutif du projet. Les réalisateurs ont tourné en négatif 35 mm avec un Panaflex XL et des objectifs Panavision Ultra Speed.

Bruiser a été réalisé par Panavision New York et a été présenté en avant-première dans le cadre du programme de courts métrages au Festival du film de Sundance 2021. Panavision a récemment contacté Derry pour lui poser des questions sur son expérience de la réalisation du projet.

Panavision : comment décririez-vous l'esthétique que vous et le réalisateur Miles Warren vouliez obtenir ? 

Justin Derry : en général, je trouve que le cinéma le plus artistique et le plus émouvant résulte de la recherche de la beauté dans les imperfections. J'ai toujours adhéré à l'idée d'accidents heureux, comme les appelle Conrad Hall, de l'ASC ; j'essaie de m'inspirer de cette idée pour trouver des éléments désordonnés et abstraits dans des situations naturelles. Mes héros du cinéma sont par exemple Robby Müller (NSC et BVK), Ed Lachman (ASC), Benoît Debie (SBC), Christopher Doyle (HKSC), Sławomir Idziak (PSC) ; et Vadim Yusov. Selon moi, ce que ces directeurs de la photographie font le mieux, c'est créer une perspective immersive et intime en manipulant nos attentes de la réalité. Ils transforment l'ordinaire et le laid en quelque chose de beau et d'impressionniste. C'est toujours mon objectif. 

Miles Warren, notre réalisateur sur Bruiser, avait une vision bien précise de ce qu'il voulait. Nous avons fait référence à des films comme La Favorite, Dayveon, Les Crimes de Snowtown, Chungking Express et Paris, Texas. Notre objectif était d'être très précis dans les mouvements et de ne faire bouger la caméra que lorsque l'histoire le justifiait. Le début du film est très contemplatif et montre que Darious admire son père mais qu'il se sent distant, comme si son père absent. Nous avons donc choisi de garder la caméra fixe et de ne pas montrer le père et le fils ensemble dans une seule image avant la fin du film. Ils sont toujours filmés séparément.

Au fur et à mesure de l'avancée du film, nous avons commencé à déplacer lentement la caméra avec des mouvements de dolly et des zooms. Puis, vers le dernier acte du film, nous avons utilisé la Steadicam pour marquer le changement de rythme de l'histoire, quand Darious perd le contrôle et a l'impression qu'il doit prouver sa masculinité et montrer sa force comme son père. L'objectif du film est de remettre en question cette pression culturelle de la masculinité, de la force physique et de la violence chez les hommes. Il était important pour nous d'utiliser le mouvement et le zoom pour montrer la lutte de Darious pour décider qui il veut être et si être un combattant est en fait un trait positif. 

Quelles sont les raisons créatives qui vous ont amené à tourner sur pellicule ? 

Derry : pour moi, la pellicule est le meilleur format existant pour raconter des histoires. Je trouve que les images sur pellicules sont magnifiques, et que ce format vous permet de magnifier des détails sur lesquels vous n'avez pas toujours le contrôle. Les couleurs sur pellicule sont vraies mais aussi impressionnistes. La prise de vue sur pellicule offre une certaine liberté, car elle permet d'adopter une surbrillance ou une forte surexposition pour renforcer la narration. Je pense que c'est beaucoup plus difficile à faire en numérique.

Je tourne en numérique tout le temps, surtout pour mes travaux publicitaires, mais j'ai l'impression que le numérique est souvent utilisé parce qu'il est pratique, peu couteux et que tout le monde sait comment l'image va rendre avant même d'avoir tourné. Le numérique peut être magnifique et constituer l'outil idéal pour certains projets, c'est certain, mais je suis tout simplement attiré par l'aspect de la pellicule. On a l'impression d'être hors du temps, comme si l'on peignait plutôt que d'essayer de faire une copie conforme du monde. 

Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec Panavision pour ce projet ? 

Derry : Panavision est tout simplement le meilleur. C'est aussi simple que ça pour moi. Je ne pense pas qu'il existe de meilleures optiques. Je ne parle pas de verres techniquement parfaits, mais plutôt d'objectifs qui ont du cœur et du caractère et qui me permettent de créer quelque chose qui n'est pas parfait. Le monde qui nous entoure est désordonné et chaotique ; nos films doivent trouver la beauté dans ce chaos. Les objectifs Panavision m'aident à le faire. 

Je travaille avec Panavision depuis des années, et l'assistance est également inégalée. Marni Zimmerman, de Panavision New York, a été une véritable collaboratrice et m'a soutenu dans de nombreux projets. Elle m'aide toujours à trouver les meilleures options créatives pour chaque projet. Il a souvent fallu envoyer des objectifs et des filtres d'autres bureaux Panavision et discuter avec les techniciens des objectifs et des caméras pour trouver l'outil parfait qui créerait l'esthétique que je voulais. J'ai l'impression qu'on ne peut obtenir ce genre de service personnalisé et d'attention aux détails qu'avec Panavision. Et pendant le tournage, ils sont toujours là pour nous, même le week-end, pour s'assurer que nous ne manquons de rien pour faire le travail.

Avec quels objectifs avez-vous travaillé pour Bruiser ? Quelles sont les qualités optiques qu'ils offrent et qui les rendent idéaux pour ce projet ? 

Derry : nous avons utilisé les Panavision Ultra Speeds. Ce sont probablement mes optiques sphériques préférées de tous les temps. J'adore leur rapidité, et la qualité du bokeh et de l'adoucissement des contours est incroyable. Elles ont des éclats ambrés magnifiques et conservent suffisamment de contraste pour que l'image ne soit pas délavée, même en mode panoramique. Ce sont des objectifs géniaux. 

Toutes les images sont gracieusement offertes par des réalisateurs.