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Mystical Turns

Le chef opérateur Mathieu Gaudet délimite les contours mystiques du long métrage du réalisateur Lucas Delangle, Jacky Caillou.

Avec Jacky Caillou  , Lucas Delangle offre au public quelque chose auquel croire. Le premier long métrage du réalisateur suit un jeune homme du même nom (joué par Thomas Parigi), dont la volonté d'hériter du pouvoir de guérison de sa grand-mère devient une vocation pour sauver son village des Alpes françaises.  

Trouvant un équilibre entre la famille et le mystique, le chef opérateur Mathieu Gaudet a choisi une approche prudente pour Jacky Caillou, en filmant en numérique avec la caméra Alexa Mini qui offre des images rappelant les films au format 35 mm. Gaudet s'est récemment entretenu avec Panavision afin de revenir en détail sur la collaboration entre lui et Delangle pour arriver à un tel équilibre.

Panavision : Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans le tournage de Jacky Caillou

Mathieu Gaudet :Je suis arrivé sur le projet un mois avant que le tournage ne commence, ce qui m'a laissé très peu de temps pour me préparer. Un autre chef opérateur avait commencé la préparation du film, mais n'a pas continué pour des raisons personnelles. Puis j'ai rencontré Lucas, le réalisateur. De nombreuses choses m'ont immédiatement attiré vers ce projet, notamment le rapport à la nature, mais aussi cette approche qui mélange naturalisme et fantastique. J'ai très clairement compris où se situait le film, dans une volonté de recherche formelle, mais dans un souci de simplicité, avec une approche parfois proche du documentaire. Il m'a immédiatement interpelé. 

Comment décririez-vous l'esthétique du film ? 

Gaudet : Nous devions trouver une image plutôt simple, un peu « pauvre » en un sens, car quelque chose de trop « travaillé » n'aurait pas été en phase avec le film et avec l'approche de Lucas. Nous devions également pouvoir prendre en compte le côté fantastique et plus mystique du film, ce qui nécessitait une stylisation plus marquée..  

Au vu des références visuelles que nous évoquions, il m'a très rapidement semblé nécessaire de nous orienter vers quelque chose qui se rapprochait des films au format 35mm, mais avec des couleurs légèrement désaturées et un contraste qui ne soit pas trop élevé, le tout combiné à des objectifs un peu anciens. Le film avait cet aspect de mélange d'époques, où des éléments modernes se mêlaient à des aspects d'un autre temps. C'est pourquoi il m'a semblé primordial que l'image se rapproche du format 35 mm et de cette stylisation, mais sans qu'elle soit pour autant trop présente. Je voulais garder quelque chose d'assez simple et qui ne soit pas trop poli, puisque je voyais que c'était important pour le film et pour Lucas. 

Quelles ont été ces références visuelles que vous et Lucas regardiez et dont vous discutiez ? 

Gaudet : Quand j'ai lu le scénario, tout un ensemble de références liées à une tradition un peu religieuse ou plutôt mystique du cinéma m'est immédiatement venu à l'esprit. L'un des principaux éléments du film est l'idée de miracle ; cela m'a immédiatement fait penser à des films qui m'avaient fait forte impression, tels que Ordet de Carl Theodor Dreyer et Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat. Je pense que ces références étaient également évidentes pour Lucas, mais nous ne les avons pas directement mentionnées pendant la préparation ou le tournage. La question n'était pas d'être directement inspiré par celles-ci ; c'est plutôt l'état d'esprit de ces films et leur idée du cinéma qui ont été importants.  

Lucas avait par ailleurs de nombreuses références visuelles concrètes à me montrer et sur lesquelles nous avons travaillé. La plus importante a été, je pense, Les Hauts de Hurlevent d'Andrea Arnold. C'est un film très riche sur le plan visuel, qui approfondit vraiment l'idée de tournage sensible, avec une caméra portée, beaucoup de gros plans, la nature et un aspect cinématographique plutôt prononcé. Nous ne voulions pas imiter cela, mais c'était un point de référence pour nous guider quand nous essayions de penser au plan et à l'atmosphère du film. Je ne pense pas que la ressemblance soit frappante entre les deux films, mais l'idée d'une image construite mais fragile nous a particulièrement intéressés. 

Qu'est-ce qui vous a amené à choisir Panavision pour ce projet ? 

Gaudet: Un mois avant le début du tournage, je n'ai pas pu choisir le fournisseur d'équipements, mais j'ai été heureux d'opter pour Panavision, avec qui j'avais déjà travaillé à de nombreuses reprises. Bien que notre budget était très serré, Alexis Petkovsek de chez Panavision Paris a été particulièrement attentif à mes demandes, notamment vis-à-vis du choix des objectifs, ce qui a été crucial pour moi.  

Malgré le très court délai dont nous disposions, nous avons pu organiser quelques tests qui ont été très importants dans la préparation du film et pour définir sa base visuelle. Suite à ces tests, j'ai choisi les objectifs Kowa Cine Prominar et le zoom Cooke Varotal de 20-100 mm. Grâce à leur douceur et leur flou, ces objectifs apportaient quelque chose de mystérieusement discret, ce qui semblait correspondre parfaitement à l'atmosphère que nous recherchions pour le film. 

De gauche à droite : Maxime Vassard (accroupi), chef machiniste, Mathieu Gaudet, directeur de la photographie et Céleste Ougier, 1ère assistante caméra. Images gracieusement offertes par Mathieu Gaudet.

Qu'est-ce qui vous a poussé à devenir directeur de la photographie et qu'est-ce qui vous inspire aujourd'hui ? 

Gaudet : Quand j'étais jeune, j'allais souvent au cinéma. Mon père était membre de l'association de cinéphiles dans la petite ville où j'ai grandi. Il y projetait des films, nombreux et variés, particulièrement des westerns et des films d'art et d'essai internationaux. Il a beaucoup voyagé dans sa jeunesse, et je crois que le cinéma a continué à nourrir ce plaisir. Il m'a vraiment transmis cette émotion et le simple plaisir de voyager à travers les images projetées dans le cinéma.  

Je continue de beaucoup aller au cinéma. Qu'il s'agisse de blockbusters ou de films plus radicaux et exigeants, je pense que c'est ce plaisir enfantin d'être émerveillé par les images qui continue de me passionner et de m'inspirer.